L’annonce est tombée le 1er juillet 2026 : d’ici janvier 2028, Sony cessera toute production de disques physiques pour la marque PlayStation. Sous couvert d’une « transition naturelle » vers les usages modernes, le constructeur s’apprête à verrouiller définitivement son écosystème.
Pour les joueurs, cette décision n’a rien d’un progrès. Derrière la promesse de la commodité se cache une perte historique de droits fondamentaux pour les consommateurs et une menace sérieuse pour la pérennité du jeu vidéo en tant que loisir.
Vous n’achèterez plus un jeu, vous louerez un droit d’accès
Le premier argument, et sans doute le plus grave, concerne la notion même de propriété. Lorsque vous achetez un disque, vous possédez un objet physique. Vous pouvez le prêter à un ami, l’offrir, ou le revendre si le jeu ne vous plaît pas. Le marché de l’occasion n’est pas seulement une commodité financière ; c’est un espace d’économie circulaire essentiel pour des millions de joueurs au budget limité.
Avec le tout-numérique :
- Le marché de l’occasion disparaît : Un jeu acheté sur le PlayStation Store y reste rattaché à vie. Vous ne pouvez ni le prêter à un proche ni le revendre pour financer votre prochain achat.
- La précarité de l’accès : Les conditions générales d’utilisation des boutiques numériques sont claires : vous n’achetez pas un jeu, mais une licence d’utilisation révocable. Si votre compte est banni (parfois à cause d’une erreur système ou d’un litige de paiement), vous perdez l’intégralité de votre bibliothèque. Si les serveurs ferment, ou si les droits de licence d’un éditeur expirent, le jeu peut tout simplement disparaître de l’accès au téléchargement, comme l’histoire l’a déjà prouvé à maintes reprises.
Le piège du monopole tarifaire
La disparition du format physique signifie également la fin de la concurrence. Aujourd’hui, si le PlayStation Store propose un jeu à son tarif de lancement standard de 80 €, le consommateur a le choix de se tourner vers la grande distribution ou les boutiques spécialisées qui, par le jeu de la concurrence, le proposent souvent entre 50 € et 60 € dès le premier jour.
En supprimant le disque, Sony s’octroie un monopole absolu sur les prix de sa plateforme :
- Contrôle total des tarifs : Sans alternative physique, c’est le constructeur (et lui seul) qui décide du prix d’un jeu et du moment où il sera soldé.
- Des prix artificiellement élevés : Un jeu numérique ne coûte rien en transport, en stockage, ni en pressage. Pourtant, il est vendu au prix fort, et le reste bien plus longtemps qu’en boutique où les stocks physiques poussent les revendeurs à baisser les prix rapidement pour faire de la place.
Le joueur se retrouve captif d’une seule boutique, sans aucun levier pour faire jouer la concurrence.
Une catastrophe pour la préservation du patrimoine
Le jeu vidéo est un art jeune qui souffre déjà d’un immense problème de conservation. On estime que près de 87 % des jeux sortis avant 2010 sont aujourd’hui introuvables par des voies légales sans recourir au marché physique rétro ou à l’émulation non officielle.
Le disque est la dernière ligne de défense de l’histoire du jeu vidéo. Un jeu stocké sur un support physique peut être conservé dans une bibliothèque, partagé et lancé des décennies après sa sortie, même si le constructeur d’origine a fait faillite ou a fermé ses serveurs. Le passage forcé au tout-numérique condamne à moyen terme des milliers d’œuvres à l’oubli dès que leur exploitation commerciale ne sera plus jugée assez rentable par les services de comptabilité des éditeurs.
Reconsidérer notre façon de consommer
Cette transition vers le 100 % numérique n’est pas dictée par les besoins des joueurs, mais par la recherche d’une rentabilité maximale et d’un contrôle total de la part des constructeurs. Elle transforme un hobby basé sur la collection, le partage et l’indépendance en un service d’abonnement ou de consommation éphémère à flux tendu.
En tant que communauté, il est plus que jamais nécessaire de rappeler que notre passion ne se résume pas à des abonnements mensuels et des téléchargements immatériels. Défendre le jeu physique, c’est défendre notre droit de choisir, de posséder et de transmettre notre culture vidéoludique.


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